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Kathy Le Vavasseur - sculptrice

  • 30 août 2025
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 26 mars

Kathy Le Vavasseur, les métamorphoses du vivant


Chez Kathy Le Vavasseur, tout est mouvement. Ses œuvres, sculptures, installations, textiles, semblent animées d’une respiration propre, comme si la matière, traversée par la mémoire du geste, continuait de se transformer en silence. Née à Sadéc, sur les rives du Mékong au Vietnam, elle porte en elle les courants du fleuve, les sédiments du monde et les mémoires mêlées d’une triple culture : vietnamienne, française et italienne. Aujourd’hui installée entre Paris et la Bretagne, elle développe une œuvre profondément enracinée dans la transformation, altération, mutation, renaissance où chaque matériau, chaque fragment devient la trace d’un passage.


Enfant, Kathy passait des heures dans l’atelier de son père, sculpteur et designer italien. À quatre ans déjà, elle proclamait vouloir devenir artiste. Le souvenir le plus vif qu’elle garde de cette époque est celui de la danse. Faute d’école au Vietnam, elle ne put s’y consacrer, mais les mouvements de son corps, les tourbillons de cette danse rêvée, sont devenus la matrice invisible de sa sculpture. Ses formes, aujourd’hui encore, semblent tourner, onduler, respirer. La frustration d’un geste empêché s’est muée en langage plastique : celui d’une matière en perpétuel devenir.


Après avoir traversé des métiers dans lesquels elle ne se reconnaissait pas, Kathy choisit d’écouter ce qu’elle nomme sa « pulsion vitale ». Cette énergie, viscérale, instinctive, indomptable, guide son œuvre et son existence. En reprenant des études d’art, elle trouve enfin sa voie, ancrée dans le tangible et l’émotion. La sculpture devient pour elle un acte de reconquête, un moyen de se réapproprier son histoire et son identité déracinée.


Ses installations, entre terre et air, entre opacité et transparence, traduisent cette tension entre ancrage et mouvement. Les matériaux qu’elle emploie, grès, faïence, verre, textile, se répondent, se superposent, se régénèrent. Elle ne les assemble pas : elle les réinvente. La transformation est son langage, la mutation son écriture. Dans Translocation, la pureté des formes se heurte à la complexité des distorsions, révélant une maîtrise rare de la matière. Circum Colonne évoque le corps et sa structure. L’œuvre fait également référence à l’os du bassin féminin, un élément à la fois organique et poreux. La coiffe située au sommet représente le sacrum inversé, culminant tel un temple sacré. Le corps y est perçu comme une entité sacrée. Elle a été créée à la même période que les recherches sur les neurones et la première génération de radios. Cela rejoint l’idée du corps sacré.


Ce travail de recomposition fait écho aux enjeux contemporains de l’architecture et de l’écologie. Kathy s’inscrit dans une démarche consciente : elle réemploie, détourne, redonne vie aux matériaux, réhabilite la matière comme nous régénérons un paysage. Ses sculptures deviennent des écosystèmes, des architectures sensibles où la nature et l’humain se rejoignent.


La terre occupe une place centrale dans son œuvre. Matière primordiale, elle relie le corps au monde. Kathy y déploie la technique du Nerikomi, inspirée de la céramique japonaise, qui permet de composer des strates d’argile colorée. Chaque couche devient métaphore : celle de l’individualité, de la mémoire, de la coexistence des identités. L’eau, l’air et la terre s’y unissent pour générer le mouvement, la vie.


Ses créations ne cessent d’interroger la frontière entre intérieur et extérieur, visible et invisible. Dans certaines œuvres, elle utilise des radiographies, les siennes ou celles d’inconnus, qu’elle associe à des filets de verre translucides. Le verre, comme le corps, révèle ce que l’œil ignore. La transparence dévoile la chair du monde. Ces fragments d’intimité deviennent les fondations d’une nouvelle anatomie, poétique et universelle.


Les Mues sont nées en 2020, mais ce travail trouve ses origines il y a plus de vingt ans, sur les rives du Gange, autour du rituel des ablutions. Il s’agit là de son invention, une démarche qu’il convient de lui reconnaître pleinement. Sur des chutes de collants, elle verse de la peinture translucide, laissant naître des peaux reptiliennes, fines, fragiles, prêtes à se détacher. Suspendues dans l’espace, elles s’entrelacent, vibrent, se figent dans un instant de passage. Ces formes, à la fois sensuelles et éphémères, évoquent la mue du corps et de l’âme, la lente acceptation du changement. La vie, ici, est vue comme un enchaînement de métamorphoses, un abandon pour renaître.


Cette symbolique du renouvellement traverse toute son œuvre. Les flux du Gange et du Mékong, les cycles de purification, le lavement, la transformation d’un état à un autre : tout y converge. Kathy parle de « paysages de passages », de « zones de transition », espaces où tout se recompose. Ses sculptures murales, ses installations suspendues, ses volumes poreux forment des territoires hybrides, à la fois organiques et architecturaux.


Ses œuvres vibrent d’une énergie contenue, presque cosmique. Elles rappellent que la matière n’est jamais figée, qu’elle se souvient, s’adapte, se renouvelle. Chaque strate, chaque texture devient un palimpseste, un fragment d’histoire et de mémoire. Son travail, à la fois sensuel et conceptuel, évoque la nécessité de la transformation comme condition de vie.


Kathy Le Vavasseur ne sculpte pas pour représenter, mais pour régénérer. Ses œuvres ne racontent pas seulement le monde : elles le transforment.Entre équilibre et chaos, entre fluidité et structure, entre terre et lumière, elle façonne des formes où l’art rejoint la biologie, où l’intime touche à l’universel. Dans le flux continu de ses métamorphoses, la matière, enfin, retrouve sa pulsation vitale.


Dre Marie Bagi

Directrice du Musée Artistes Femmes (MAF)

Mars 2026




 
 
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