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Charlotte Aeb - photographe

Dernière mise à jour : 9 janv.

Entre chair et néant


Charlotte Aeb appartient à cette génération pour qui la photographie n’est pas un simple médium, mais un terrain de recherche. Formée à l’École de photographie de Vevey (CEPV), elle a très tôt développé une approche expérimentale où l’image se construit autant dans la prise de vue que dans la matière qui la porte.


Dans ses premiers projets, tout part du corps, de sa texture et de sa présence fragile. La série Curves (2018) marque ce premier territoire. L’artiste y explore la chair comme un paysage intime et abstrait. Les formes, les plis et les masses deviennent une cartographie visuelle qui questionne le regard et l’identification du corps féminin.


Progressivement, le corps laisse place à l’espace. Charlotte Aeb photographie des “liminal spaces” , escaliers, couloirs, portes entrouvertes, des zones de transition où la présence est suggérée plutôt que montrée. Dans ces architectures silencieuses, le vide devient matière, et le spectateur est invité à y projeter sa propre expérience. 


La série Mélancholia illustre cette étape de sa recherche. L’artiste y introduit des figures humaines, témoins imaginaires de mondes suspendus entre veille et rêve, à la manière de Roy Andersson. Ces personnages inventés habitent les espaces et participent à la tension entre présence et absence, réel et fiction.


À l'aube de sa trentaine, Charlotte Aeb consacre davantage de temps à sa recherche personnelle. Elle fabrique des objets, modèle l’argile ou la cire, puis photographie ces formes, tout en approfondissant sa pratique argentique. Dans son projet Métamorphosis, elle imprime en argentique des masques réalisés en argile, transformant les objets en images et poursuivant sa réflexion sur le rapport au réel.


Charlotte conçoit ses expositions comme des expériences actives. La photographie reste au centre, mais elle se déploie aussi en lumière, en volume et en dispositif. Elle ne se limite pas à représenter le réel : elle explore ses seuils et ses zones de transition, où voir implique un engagement actif du spectateur.

 

Autrice : Marie Bagi, Directrice du MAF & docteure en Histoire de l’art contemporain et Philosophie

Publié le 9 janvier 2026




 
 
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